Le Pardon

je te pardonne

Par Nicolas Karels

Comment puis-je véritablement pardonner à un proche ou à quelqu’un de plus éloigné pour un acte qu’il a commis. Souvent lorsque je parle de cela avec des personnes autour de moi et que je leur expose mon propos, on me rétorque que ce que je dis est facile à partir du moment où je ne le vis pas. Et en effet, elles ont raison. Il m’est compliqué de comprendre la souffrance qu’est de perdre un enfant à cause d’une maladie, d’un accident de la route provoqué par autrui. Il m’est totalement impossible de ressentir réellement ce qu’une femme violée a pu vivre. Il m’est impossible de me mettre à la place de quelqu’un qui a vécu la torture ou qui a perdu des amis au cours d’un attentat. Mais au plus profond de moi existe pourtant une certitude, celle de croire que je peux pardonner tout cela.

Je me souviens une phrase prononcée par Jésus alors qu’il était sur la croix: « Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Et le propos est bien là. Ces personnes qu’ils soient les bourreaux ou les juges ne savent absolument pas ce qu’ils font. Tous deux sont gouvernés par un ego, par un être intérieur qui a reçu au cours de son enfance des règles à respecter. On ne lui a certes pas appris à tuer, à violer, à faire du mal mais on lui a signifié que ce qu’il était n’était pas assez bien. Dès lors, comment cet enfant devenu aujourd’hui adulte peut-il avoir conscience de ses actes. Comment est-il envisageable qu’il puisse raisonnablement faire du mal en sachant qu’il est en train de le faire. Ce qu’il réalise ou ce qu’il vit dans cet instant est selon son propre jugement « normal ». Cela est conscientisé dans tout son être. Gifler son enfant pour lui est tout à fait correct car lui a sans doute aussi été giflé un jour. Rabaisser quelqu’un d’autre est tout à fait logique ayant lui aussi du faire face à des dénigrements ou des moqueries. Alors que dire lorsqu’on exprime des actes plus graves.

Peut-on maintenant légitimer le viol, le meurtre sans rien dire? Si on regarde l’histoire de chaque criminel, on se rend très vite compte que rares sont ceux qui ont vécu une enfance paisible. Qu’ils ont du aussi faire face à des pertes, des manques, des situations discutables qui ont mis à mal tout leur être. Rien n’arrive par hasard. Tout a sa raison. Comment dès lors ne pourrais-je pas essayer de pardonner même l’impardonnable lorsque je sais que cet autre a aussi atrocement souffert tout en gardant bien entendu un regard bienveillant et compatissant pour les victimes.

La souffrance que je ressens à l’extérieur est la souffrance que je ressens à l’intérieur. Nombre de fois, j’ai souffert en entendant l’histoire de quelqu’un qui avait à peu de choses prêt vécu la même chose que moi. Quand on a expérimenté comme moi le rejet ou la moquerie, on ne peut que ressentir de la dureté envers ceux qui rejettent ou qui se moquent. Mais cela fait généralement partie du passé. Un retour aux sources de ce que j’ai vécu. Lorsque je prends conscience de cela, je comprends que c’est à moi que je dois pardonner de ne pas être parvenu à voir les faits correctement. Et je comprends aussi qu’en vouloir à autrui demeurera toujours improductif.

Alors, quand Jésus invite à voir l’ignorance de ceux qui ont péché, ils nous montrent simplement un moyen d’aller voir plus loin que ce qu’il y a précisément devant nos yeux. Mais également, à rentrer en nous, à toucher nos propres ressentis. Notre propre souffrance.

Nicolas Karels
https://www.facebook.com/Eclairs-de-silence

Source : http://www.humanitysteam.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *