
L’éveil n’est pas une quête vers quelque chose d’extérieur ou de nouveau à conquérir. Il est une redécouverte, un dévoilement de ce qui a toujours été là, enfoui sous les voiles de l’oubli. Ce n’est pas une acquisition, mais une libération des fausses identifications qui nous ont liés au corps, aux pensées, au tumulte du mental. Ces illusions, comme des ombres portées sur un mur, nous ont fait croire que nous étions séparés de notre essence véritable.
Dans les traditions anciennes, l’éveil est souvent décrit comme un retour à la maison. Imaginez un voyageur perdu, errant loin de son foyer après un exil qui lui a semblé interminable. C’est Ulysse retrouvant Ithaque après des années d’épreuves, ou le fils prodigue revenant vers la demeure de son père, accueilli dans l’amour et la reconnaissance. Ce retour résonne en nous comme une mémoire profonde, un écho de ce que nous avons toujours su mais que nous avons oublié sous le poids des mirages de ce monde.
Et pourtant, ce retour est un paradoxe subtil. Car, en vérité, nous n’avons jamais quitté cet espace originel. Nous sommes restés, immuables, au cœur de nous-mêmes, tandis que l’imagination et le mental tissaient des rêves d’éloignement. Tel un dormeur qui rêve qu’il parcourt les canaux de Venise, s’éveillant au matin pour réaliser qu’il n’a jamais bougé de son lit, nous nous éveillons à la réalité que l’exil n’était qu’une illusion. Comme le disait Douglas Harding avec une simplicité lumineuse : « Il s’agit de revenir à un endroit que nous n’avons en réalité jamais quitté, sinon en imagination. »
Mais cet oubli, bien qu’illusoire, a été vécu comme une vérité tangible. Les identifications au corps, les attachements aux pensées, les émotions fluctuantes ont construit un monde de séparation qui nous a semblé réel. De là naît cette nostalgie, cette aspiration profonde à retrouver notre foyer intérieur, cet appel à nous réveiller d’un songe qui nous a tenus captifs. Ce n’est pas une fuite, mais une reconnaissance : nous sommes déjà chez nous, et il suffit d’ouvrir les yeux du cœur pour le voir.
L’éveil, c’est donc abandonner les masques, dissoudre les histoires que le mental a érigées, et accueillir la simplicité de ce que nous sommes : une présence consciente, infinie, libre de toute limitation. La douleur de l’exil s’évanouit alors, laissant place à la paix d’être, dans l’instant éternel où tout se révèle.
Frères et Sœurs, écoutez cet appel silencieux qui monte de votre être. Posez-vous dans le calme, respirez dans la douceur de votre cœur. Là, dans cette présence immobile, se trouve la clé d’un retour qui n’a jamais exigé de départ. Laissez les fausses identifications se dissoudre comme brume au soleil, et réalisez que vous êtes déjà ce que vous cherchez depuis toujours.
Avec tout mon Amour Indicible,
Yvan Poirier