La prescience

La prescience

Message du Professeur Zolmirel

Me voici de nouveau devant vous, votre ami, le professeur Zolmirel. Lorsque la prescience d’un être commence à s’épanouir, nous ne devons point en faire un instrument, mais la mettre au service d’autrui.

Nous sommes nous, aliens éclairés, animés des intentions les plus paisibles envers les autres habitants de la galaxie.

Voici deux siècles, notre quadrant était peuplé des espèces stellaires les plus passionnantes. Tous ces êtres vivaient bien sûr en bonne harmonie, c’est toujours le cas, et nous nous en réjouissons fort.

Je me souviens de nos voyages et de la conversation fascinante que nous avions eue avec Erazel, notre si sage ancienne, qui nous présenta … un Terrien !

Je n’en avais encore jamais vu. J’étais favorablement impressionné par la vue du jeune Thomas, au regard clair. C’était un jeune homme d’une grande pureté d’âme. Pour nous, votre espèce nous apparaît très grande, et élancée.

Les Galmols de mon monde sont plus trapus avec une tête énorme posée sur un cou frêle. Voilà pourquoi certains des nôtres l’entourent d’écharpes. Nous aimons l’humidité, la fraîcheur modérée, l’ombre et la verdure du marais. Je reprend l’exposé de ce souvenir ancien, là où je l’ai laissé.

Erazel profita de l’effet de surprise heureux qui découla de la présentation du jeune Terrien. Chacun s’avança et les enfants serrèrent tous ses mains avec beaucoup de curiosité. Il y avait là des enfants de tous les horizons, et Thomas éclata de rire, entouré de petits aliens minuscules.

Nous sommes sortis du grand temple, un peu encore habités par un état de rêve éveillé. L’ancienne si sage, nous ramena auprès de notre vaisseau en faisant apparaître un petit couloir. Nous nous sommes empressés d’y monter et sommes revenus nous abriter de la pluie en notre petite tour.

Le matin suivant était un jour serein paisiblement ensoleillé. Nous sommes retournés sur le champ de fouilles, tandis que Zilmis entrait dans le grand hangar d’Alokarys, un alien âgé, pour y réparer un certain nombre d’astronefs. Notre journée fut passionnante.

Et j’eus le plaisir ce matin là de converser avec le jeune Thomas. Erazel nous présenta tous à lui.

* Est ce un vrai Terrien ? interrogea le petit Zilner à voix basse d’un ton innocent.

* Bien sûr que oui, fit le sage Amoni.

* Il ressemble aux êtres de cette stèle, ajouta aussitôt le petit alien perspicace.

* En effet, confirma Erazel. Pourriez vous examiner ces bas reliefs ? questionna l’ancienne en se tournant vers Thomas. S’agit-il là des habitants de votre monde ?

* Cela est difficile à affirmer, exposa Thomas avec honnêteté. L’espèce humaine est assez répandue dans la galaxie. Je dirai que leurs habits ne ressemblent à rien de ce que je connais.

* Y a-t-il beaucoup de vaisseaux sur ton monde ? s’enquit Nerti le regard brillant

* Non, mon enfant. Les miens sont intrigués par le vol des oiseaux, mais n’ont pas encore conceptualisé un engin capable de s’élever pour y parvenir. Pour se déplacer, ils utilisent des fiacres, émit notre invité avec bonté.

* Des fiacres à répulsion magnétique ? demanda le sage Amoni.

* Non, non, de simples véhicules élégants munis de roues, tirés par des chevaux.

* Vous voulez dire que des animaux doivent tirer ces équipements ? Ne sont-ils point las de le faire ? m’étonnais-je.

* J’ai bien peur qu’ils n’aient guère le choix, ajouta le jeune homme. La Terre est l’une des planètes où le bonheur animal est compté bien après celui des hommes. Beaucoup de créatures marchantes sont forcées de leur obéir. Il existe cependant bien des Terriens qui veillent à leur bien être de manière sincère.

* Nous avons agi de même avec des lézards volants, exposa Erazel. Ils nous ont aidé à filmer des zones interdites brûlantes, au delà de la barrière de notre monde, car cela était trop dangereux.

* Votre planète est ainsi divisée en deux régions ?

* Oui, il existe deux régions majoritaires et une minoritaire. La région minoritaire est un grand désert brûlant, il est très vivement exposé, lorsque l’éclat de nos deux soleils est au plus fort. Les régions majoritaires, sont celles des marais, des montagnes de jungle, et des forêts humides. Au pôle Nord, nous avons la région des montagnes fleuries, puis celle des montagnes de glace perpétuelle. Au Sud, il existe la région des landes fleuries, puis du grand désert de pierre et de glace. Il existe une grande eau gelée en cette latitude extrême.

* N’avez-vous point de pays ? s’étonna le jeune homme.

* Il s’agit là de nos provinces, elles portent à chaque fois le nom d’un pays. Les régions majoritaires et minoritaires sont délimitées par l’éclat et la quantité de radiance de nos deux astres. Le grand désert interdit abrite de très vastes installations de transformation d’énergie. Nos savants y sont à pied d’œuvre et viennent de faire connaissance avec le peuple de lézards qui y habite. A présent, ce sont nos amis, assura joyeusement Erazel

Vint l’heure de déjeuner, et le jeune Thomas, fut tout naturellement notre invité. Il était très agréable de lui parler.

* N’est-il point de mers, d’océans, en votre planète ?

* Non, mon ami, je l’ai dit, des marais, s’amusa la sage Erazel. Ils sont si vastes et parfois si profonds, qu’ils forment là une bien grande superficie d’eau.

* Sur mon monde, il en existe bien, mais cela est un lieu si périlleux, infesté de moustiques, que les nôtres peinent à y survivre. Les terres y sont incultes.

* Je comprends, fit la sage alien avec compassion. Il n’est point d’insectes dangereux sur notre planète. Les seules formes de vie qui pourraient nous causer du tort, sont les fauves. Mais nous pouvons agir sur leur système nerveux pour les endormir au besoin. Les terres au dessus de la zone humide sont très fertiles. Les marais, eux, sont gorgés d’espèces succulentes que nous cueillons tout au long de l’année, avec une quantité magnifique de champignons.

La discussion s’orienta évidemment sur l’étude, la cueillette et la préparation des différentes formes de moisissures, elle dura plus d’une heure et fut passionnante. Un tel sujet est pour les miens un art véritable, qui a été porté depuis fort longtemps à son sommet.

Évidemment, les enfants questionnèrent allègrement Thomas sur les variétés de champignons que l’on pouvait trouver sur Terre, la forme des maisons, les activités qui étaient le plus agréables aux habitants.

Pour nous contenter tous, Erazel fit apparaître un grand nombre d’images dans un coin sombre de la pièce. Nous avons aperçu une forêt serrée, de petits arbres secoués par le vent. Des halliers magnifiques et en effet, d’étranges maisons de bois, garnies de poutres et de forme trapézoïdale. Nos maisons à nous sont plutôt rondes ou effilées. Nous avons également eu la surprise de reconnaître les demeures d’une grande ville, garnies de lumières tremblotantes à la tombée de la nuit.

* Pourquoi les demeures sont-elles si hautes ? s’étonna Nerti. Où sont les jardins ? Avez-vous construit des serres souterraines en cette contrée ?

* Non, expliqua Thomas avec quelque peine. Mon monde n’est pas aussi libre que le vôtre. Il existe bien du travail à accomplir sur Terre. Beaucoup des habitants ne le font pas par plaisir, mais par contrainte. Ils sont obligés de travailler pour avoir de l’argent.

* De l’argent ? s’enquit le petit Zilner. Vos anciens doivent sûrement le faire apparaître.

* Il n’est point autant d’anciens sur la Terre. Et les alchimistes sont très décriés, ils inspirent la peur. La magie est redoutée.

* Mais alors, qui s’occupe de déplacer les maisons ? De secourir les habitants ? De protéger votre monde des hordes de pirates stellaires ? questionna Nerti.

* C’est vous, je le crois bien, s’amusa Thomas. Seuls vous pouvez agir de la sorte et vos vaisseaux protègent notre monde, depuis maintenant très longtemps.

* Nous avons réussi à empêcher plusieurs attaques, cela est bien vrai, émit Erazel. Mais malgré cela, beaucoup d’êtres mal intentionnés ont pris position sur votre monde. Nous sommes parvenus à en détrôner beaucoup, à faire cesser pas mal de choses. Des pillards, des esclavagistes et des barbares ont été arrêtés. Il est vrai que pour eux, beaucoup de peuples galactiques représentent un bon repas. Nous avons réussi à en faire changer certains.

* Votre monde est un exemple pour le nôtre, conclut Thomas avec bonté.

* Cela est bien réciproque, assura Amoni, en apercevant des Terriens occupés à travailler le métal. Les vôtres sont bien courageux, ils créent de fort jolies choses.

* Une fois que les êtres ont suffisamment de foi et de force intérieure, ils apprennent qu’il est possible de dégager la forme d’un objet à partir de l’incréé. Nous créons bien des choses par simple action de notre pensée sur la matière, expliqua Erazel. Cette faculté est mise au service de tous. Nous l’employons pour guérir des malades. Nous sommes tournés vers l’amour, entièrement. Il est de nombreux peuples stellaires qui commencent à faire de même. Leur capacité d’auto-suffisance est presque parfaite. Certains ont des voisins belliqueux. Autrefois, ils leur versaient un tribut, difficile à constituer. A présent, ils continuent de le faire, et leur monde est devenu un monde d’abondance. Ils appellent ce tribut, un présent !

* Les voisins dominateurs ne s’en étonnent point ? s’enquit Thomas.

* Vous pouvez mettre bien des prodiges face au regard des incrédules. Pour tout ce qu’ils voient de leurs yeux être accompli de manière sûre et magnifique, ils ne verront là que simple artifice, philosopha posément Erazel.

* Oui, reprit Amoni. Le fait d’accepter cette faculté chez les autres leur est un très rude combat, qui porte vivement atteinte à leur prestige personnel. Alors, ils préfèrent nier ces facultés et croire qu’elles relèvent de la simple imagination. Il leur est plus agréable de penser ainsi.

* Nous les appelons, les matérialistes, ils ont encore bien du chemin à accomplir. La part invisible du monde, en laquelle siège toute la force à venir de chaque création, est infiniment plus vaste est plus active que sa part visible, souligna Erazel en riant.

Notre travail joyeux reprit, nous étions en train ce jour là de restaurer des fresques admirables de Terriens et de nombreux animaux inconnus. Thomas nous aida, reconnaissant un mammouth, un rhinocéros, mais aussi plusieurs félins de la Terre et des espèces de serpents tachetées fort jolies. Ces animaux, bien sûr, nous étaient inconnus.

Afin de le remercier, en soirée, Erazel le convia à une séance de projections nouvelles. Elle nous invita tous en sa demeure.

C’était un lieu étonnant, à mi chemin entre le rêve et l’éveil. Sa demeure était une très vaste maison de bois sculpté et de pierre, garnie d’une vaste annexe. Erazel entra, et nous nous sommes retrouvés en une salle faiblement éclairée, aux murs entièrement garnis de fresques végétales et de motifs admirables créés dans le bois. La pièce était un feu d’artifices de couleurs vives, grâce à plusieurs tapisseries. Erazel prit un petit couloir et nous mena en une belle salle emplie d’objets antiques de provenance lointaine. Il y avait là de nombreux instruments de musique en attente d’être restaurés, mais aussi beaucoup d’objets en cuivre, des éclairages, des appareils sondoscopiques et plus loin, en une remise, des éléments de vaisseaux spatiaux. Je me sentis radieux de voir sa maison, car je n’y étais point entré depuis fort longtemps. Son époux parut, il était son parfait opposé. C’était lui aussi un très sage alien bienveillant, et il ne sortait que fort peu de ce lieu, préférant se consacrer à l’étude et la restauration de livres rares, alors qu’Erazel voyageait dans l’espace. Il était d’un âge immense, malgré la légèreté de son pas. Les yeux d’Erazel brillèrent de joie.

* Tu ne m’avais point prévenu que tu amenais des amis, fit-il en riant

* Je voulais te faire une surprise, répondit Erazel avec amusement. Voici mon époux, Euctamon, dit-elle avec fierté. Il est passionné par la lecture et l’écriture.

Ces paroles me causèrent une joie très vive. Je n’avais jamais approché un alien aussi âgé. Et il faut dire qu’Euctamon était connu pour une quantité d’écrits assez magnifique. Il s’agissait bien sûr d’ouvrages de botanique qui avaient connu un vif succès. A présent, il était révéré comme une sorte de génie universel sur mon monde. Mais Euctamon gardait ses secrets et on ne savait presque rien de lui. Je peinais à croire qu’Erazel ait pu faire la connaissance d’un si noble alien. Je réalisais plus parfaitement la raison pour laquelle il sortait peu. Oui, il était normal qu’il en soit ainsi, il avait trouvé son petit paradis.

* Ce paradis est complet seulement en ta présence fit le sage, à son épouse, répondant à ma pensée émue. Pour une fois, nos deux esprits ne sont point séparés par les méandres de l’espace.

Ces paroles me causèrent un très grand choc. La pièce était toute illuminée, et je ressentais tant d’amour entre ces deux êtres que je ne fus point surpris de percevoir un éclat de lumière très vif lorsque leurs deux mains se touchèrent. Je réalisais plus parfaitement que cet état d’amour les baignait en permanence et que leurs deux esprits brillants savaient se trouver, quelle que soit la distance. Cela me fit éprouver un doux contentement.

Erazel s’assied auprès de lui et fit apparaître de nombreux mets. Nous étions réunis en son salon douillet paré de soieries et de fresques avec les enfants. Eux aussi, silencieux, tout heureux de se trouver là, écoutaient Erazel nous parler de ses explorations dans la jungle en faisant apparaître des animaux surprenants. Zilmis se tenait à mes côtés, et il n’était point de bonheur plus grand. Chacun mangea en devisant.

Le jeune Thomas nous parla à son tour longuement de la Terre en décrivant les formes de vie nombreuses qui la peuplaient. Il avait parcouru ses jungles également, et des images d’oiseaux au plumage impensable apparurent lentement sur les murs, le chant de ces créatures résonnant avec un réalisme absolu.

C’était à nouveau grâce au pouvoir de l’esprit, qu’Erazel parvenait à agir de la sorte, faisant revivre les aventures du jeune homme. Face à des visions aussi enchanteresses, je ne songeais plus qu’à mon tour, à pouvoir aller explorer la Terre

J’ai été fort heureux de converser de la sorte en livrant ici toute ma pensée. Recevez amis de ce monde bleu, tous mes remerciements. Grâce vous soit rendue pour avoir été choisis afin d’habiter un si beau monde.

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :

qu’il ne soit pas coupé
qu’il n’y ait aucune modification de contenu
que vous fassiez référence à notre blog :http://www.unepetitelumierepourchacun.com

(Visited 4 times, 1 visits today)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.