ordre et désordre

le desordre

Au niveau conventionnel, l’ordre est considéré comme l’harmonie, et le désordre comme la disharmonie ou le chaos mais à un niveau supérieur, il existe une harmonie cachée qui comprend le désordre et le chaos, parce que la vie bouge et évolue entre ces deux opposés…

Venons-en à un autre point de vue sur ce dont nous avons déjà parlé. Il s’agit de reconnaître deux réalités opposées fondamentales dans ce monde, sans lesquelles le monde ne pourrait même pas exister : l’ordre et le désordre. On peut utiliser un autre mot pour « le désordre », quand il est plus extrême, « le chaos ». Donc, l’ordre et le chaos ou l’ordre et le désordre. Habituellement, on préfère bien sûr l’ordre dans la vie, c’est-à-dire que les choses aillent bien, qu’elles s’améliorent : on apprend des choses, on fait de nouvelles expériences, la vie se déroule bien ; on aspire au moins à une harmonie relative dans la vie…

Or, très souvent, tout cela est gâché par l’éruption d’une forme de désordre et habituellement, nous en sommes contrariés, plein de ressentiment, de colère ou de tristesse. Les choses dans notre vie ne se passent pas comme nous aimerions. Et le désordre peut se présenter sous de nombreuses formes. Même si ça peut ordinairement ne pas être reconnu comme tel, j’appelle aussi désordre une simple chose comme l’interruption de la façon tranquille dont la vie se déroule au quotidien, contrariée par une forme d’adversité. Par exemple, vous perdez votre portefeuille !

Subitement, il se passe donc quelque chose que vous prenez comme un acte de sabotage contre vous et vous voici dans la peur, la panique ou la confusion. La souffrance apparaît et pour une chose relativement anodine. Vous assistez à une réunion et il y a tout à coup un gros désaccord. Les gens s’engueulent. Jusque-là, tout allait bien, quelqu’un a fait un commentaire et tout le monde se met à y réagir. Sans qu’on l’ait vu venir, la réunion s’est transformée en désordre. Le désordre surgit sous de multiples formes, des formes anodines : rater un rendez-vous, rater l’avion, avoir une maladie bénigne, un léger accident. Le désordre se présente sous de très nombreuses formes, pesantes ou plus légères.

Et habituellement, quand il y a du désordre, cela peut pour un temps créer des ravages dans notre vie. Et l’on trouve là la forte croyance que quelque chose qui ne va vraiment pas ne devrait pas arriver. La croyance sous-jacente peut aussi être « quelque chose ne va pas chez moi » ou « quelqu’un est contre moi, Dieu est contre moi. Sinon, pourquoi tout ça m’arriverait-il ? »

Il y a des formes de désordre légèrement plus importantes : une rupture de mariage, une perte d’emploi, la perte de sa maison, une maladie grave, un coup dur pour l’un de ses proches, pour un enfant, pour son conjoint, ou quelque chose qui se rapporte au collectif : une pandémie, un effondrement économique, des troubles sociaux, des ouragans, des tremblements de terre…

Et habituellement, cela engendre beaucoup de réaction. Comme je l’ai dit, la façon dont vous pouvez réagir, c’est à travers la colère, la peur, la panique ; vous pouvez aussi être triste, déprimé ; vous pouvez vous demander à quoi rime tout ça : « Je me suis décarcassé pour monter mon affaire et voilà ce qui m’arrive ! »

En fait, il nous faut à nouveau comprendre que le désordre que nous avons précédemment appelé « adversité » est inévitable et qu’il est un élément essentiel d’un ordre plus élevé. Normalement, quand on considère l’ordre et le désordre, on s’arrête sur l’ordre où les choses se déroulent comme il se doit. Tout va bien et l’on parle d’harmonie. Le désordre est un manque d’harmonie. Quelque chose arrive qui peut donc même être chaotique. Habituellement, nous considérons donc l’ordre comme désirable. C’est l’harmonie, les choses vont bien. Nous considérons le désordre comme indésirable, comme un manque d’harmonie où les choses vont mal. Et c’est vrai, à un certain niveau !Il y a toujours des niveaux différents. On peut regarder ça d’un point de vue plus large, à un niveau plus élevé. L’existence de l’ordre et du désordre ou de l’ordre et du chaos sont des éléments nécessaires à l’évolution de la vie. Prenons quelques exemples :

Je me promène parfois dans la forêt et quand on marche dans la forêt, on peut sentir cette odeur typique de la végétation. Et ce qui fait partie de ce que l’on sent dans la forêt, c’est en fait la terre, d’autant plus quand il a plu. On sent alors la terre. Mais la terre, c’est quoi ? La terre est principalement la matière en décomposition. La terre est constituée d’arbres tombés, de plantes mortes, et leur structure moléculaire n’est plus ordonnée. Les atomes se séparent, se dissolvent dans le désordre. Il n’y a plus de structure, l’ordre n’est plus. La matière en décomposition est une manifestation du désordre ou du chaos. C’est la mort. Or, la mort est nécessaire à la croissance des nouveaux arbres. Ils poussent grâce au chaos de la matière en décomposition qui donne naissance à un nouvel ordre de vie de nouvelles plantes et de nouveaux arbres. On ne peut pas les séparer.

Chaque jour, en mangeant, quoi que vous mangiez, vous créez le désordre ou le chaos pour ce que vous mangez. Vous mordez dans une pomme. La pomme a une structure moléculaire très ordonnée. Quand vous mordez dans une pomme et vous mettez à la mâcher, vous détruisez l’ordre de la pomme, les molécules qui en ont fait une pomme. Vous créez le chaos ou le désordre. C’est ce que vous faites à chaque fois que vous mangez. La pomme se trouve ensuite dans le système digestif Où diverses choses se produisent. Le désordre se poursuit, mais votre corps absorbe alors les nutriments qui participent de sa structure également ordonnée. La nourriture est donc détruite, le chaos est créé de sorte que la vie puisse être maintenue et se poursuivre. C’est une façon intéressante de regarder ça.

Beaucoup de gens ont remarqué qu’ils ont vécu un approfondissement, un sentiment plus profond du soi ou de l’état d’être, une paix plus profonde ou une sorte de renouveau dans leur vie, juste après avoir enduré une période de désordre ou de chaos, comme effets de cette période. Je ne sais pas si vous connaissez cette expression spirituelle qui provient du christianisme médiéval : « La nuit obscure de l’âme ». Je pense que cette expression a été créée au Moyen-Âge par les enseignements spirituels de la mystique chrétienne, « La nuit obscure de l’âme ».

Il est dit qu’avant l’éveil spirituel, qu’avant que quelques-uns de ces enseignements se soient éveillés spirituellement, ils avaient enduré des formes extrêmes d’abattement ou de

dépression où tout à coup, tout était insensé. Ils éprouvaient un chaos mental, pour ainsi dire, ou souvent même une dépression nerveuse. Et l’ancien soi était mort, en quelque sorte, après cette période dépressive. C’était comme une expérience de la mort. Il y avait donc l’éruption du désordre ou d’une destruction, après quoi une réalisation plus profonde pouvait émerger.

La nuit obscure de l’âme est principalement l’expérience du chaos intérieur ou du désordre intérieur où plus rien n’a de sens. C’est une forme de désordre au niveau du mental.Et certaines personnes connaissent une sorte de dépression dans leur vie. Cela arrive quand deux ou trois mauvaises choses se produisent en même temps. En même temps, leur mariage s’effondre, ils perdent leur emploi, leurs revenus, l’un de leurs proches meurt. Pour garder notre terminologie, on peut dire que le désordre survient sous de multiples formes. Quand quelque chose à quoi vous vous êtes identifié, qui a fait partie de votre vie, se délite ou vous est enlevé soudainement, on peut parler de désordre.

Je compare parfois notre vie à une tapisserie. Il y a des éléments très variés qui constituent votre vie, la tapisserie, pour utiliser cette analogie. Il y a les gens que vous connaissez, votre famille, votre maison, votre travail, toute la tapisserie de votre vie, et subitement, quelque chose est arraché à la tapisserie de votre vie, de façon violente. Cela peut être un accident, (comme je le disais) un effondrement économique total, la fin du mariage ou tout autre chose. Et voilà que ça laisse un trou béant dans la tapisserie de votre vie ! Oui, c’est certainement du désordre et pourtant, des gens disent souvent qu’ils ont connu un éveil spirituel alors que des trous se sont produits dans la tapisserie de leur vie.

La tapisserie de leur vie représente donc ce avec quoi ils s’identifient, quoi que ce soit, et qu’ils nomment « ma vie, moi et ma vie ». Soudainement, un gros morceau de ce que l’on appelle « ma vie » n’est plus là, ce qui peut être très douloureux. Étrangement, c’est précisément à ce moment-là que beaucoup d’humains font l’expérience d’une transcendance. Pour rester avec cette analogie, le trou qui a été fait dans la tapisserie de leur vie pointe vers quelque chose qui est au-delà des formes de la vie. Le trou est un espace vide et ils font tout à coup l’expérience d’un espace vide là où quelque chose s’était trouvé avant.

Admettons que votre conjoint décède, voire votre enfant, votre mère, votre père. Jusque-là, il y avait cette présence qui faisait partie de votre vie et il reste maintenant un espace vide. Je veux dire, quand quelqu’un meurt, le jour suivant, vous regardez cette chaise où la personne avait l’habitude de s’asseoir et maintenant, la chaise est vide. C’est très étrange ! Elle a laissé le vide. D’abord, c’est très douloureux, mais il est possible, en arrivant à un point d’acceptation, que le vide touche un vide intérieur en vous, mais non pas dans un sens négatif, un vide dans le sens d’un état spacieux où vous êtes conscient. Le contenu est parti, ce contenu particulier de votre conscience est parti, et ce qu’il reste quand on retire le contenu de la conscience, c’est la conscience elle-même, donc sans le contenu.

Pour utiliser une autre analogie, on peut dire aussi qu’une ondulation particulière à la surface de l’océan s’est dissoute, qu’elle n’est plus là, et ce qui reste, c’est l’océan. L’ondulation avait une forme particulière, mais l’océan n’a pas de forme. Ce qui reste est donc la conscience sans forme et c’est la réalisation de la dimension transcendante en vous. Et cela arrive souvent avec la dépression, la perte, la mort, autrement dit avec l’expérience d’une forme de désordre ou de chaos ou encore quelque chose que l’on qualifierait normalement de mauvais, de très mauvais.

C’est très étrange. Nous avons ce qui est normalement qualifié de bon et ce qui est qualifié de mauvais. Or, ce qui est qualifié de bon est en fait ce qui vous maintient dans un endroit relativement confiné et limité alors que ce qui est communément qualifié de mauvais crée une ouverture en vous. Cette perte – si c’est une perte – a créé une ouverture en vous. Quand vous dites peut-être que votre vie va bien, vous êtes habituellement dans votre zone de confort, donc quand les choses vont bien dans votre vie.

Et quand quelque chose de mauvais survient, cela détruit la zone de confort, mais il y a un fait très étrange : pendant qu’ils sont dans leur zone de confort, il n’arrive presque jamais que les gens s’éveillent spirituellement ou qu’ils vivent un approfondissement, qu’ils deviennent plus profonds, ce qui serait un éveil partiel. Cela ne se produit presque jamais. Là où une évolution se produit, où une progression et même un bond ont lieu, c’est habituellement l’expérience du désordre dans la vie d’une personne, mais pas seulement dans la vie d’une personne. Nous le verrons dans une minute.

Votre vie passe ainsi de l’ordre au désordre. Vous avez les deux et les deux sont nécessaires. Or, vous ne devez pas rechercher le désordre sous prétexte que vous voulez vous éveiller spirituellement. Vous pourriez vous dire : « OK, j’ai besoin de me faire souffrir, de tout abandonner pour me faire souffrir ». Beaucoup de gens ont fait ça dans le passé, parce qu’ils pouvaient voir comment cela opère. Ils pouvaient voir que quand quelqu’un souffre, il y a la possibilité pour lui de la transcendance et de l’éveil. Ce n’est pas une garantie, ils pouvaient restés pris dans la souffrance jusqu’à leur mort ou ils pouvaient mourir à partir de leur souffrance. Nous en parlerons un peu plus tard.

Il n’y a pas de garantie, quand le désordre survient ou quand vous souffrez, que cela aboutisse à un éveil ou au moins à un approfondissement. C’est toujours une possibilité, mais très souvent, on passe à côté. Dans ce cas, on se retranche même plus profondément dans son sentiment de soi égoïque qui devient très rigide. On peut le voir avec les gens qui ont eu une « mauvaise » vie. Ce qu’il reste à la fin de leur vie est une personnalité dont le composant principal est un sentiment profond d’amertume, d’injustice et de ressentiment. Au lieu de les ouvrir à la transcendance, à travers la souffrance, celle-ci a rigidifié leur ego.

Ce n’est pas rare. On voit ainsi des personnes âgées, mais également des jeunes gens, dont une partie de leur personnalité est constituée d’amertume, d’injustice et de ressentiment. Cela colore tout ce qu’ils voient, ce qu’ils perçoivent, toutes leurs relations. C’est très triste. Personne ne leur a dit, parce que ça n’est pas encore une connaissance courante, que l’expérience de la souffrance peut être une grande chance qui se présente infailliblement dans la vie de chacun. Ils ne l’ont pas su. Ces choses ne sont pas enseignées à l’école. Elles devraient être une des matières les plus enseignées. Il n’y a donc pas de garantie que cela se produise, c’est juste une possibilité qui peut se présenter.

Parfois, la souffrance, le désordre est déjà éprouvé en début de vie. Des enfants naissent dans un environnement très chaotique. Cela peut être de la violence là où ils vivent, dans leur famille, entre leurs parents. Un parent ou les deux peuvent être alcooliques, addictes à la drogue. Des enfants naissent dans un environnement très inconséquent et chaotique. Des enfants endurent une grande perte à un âge précoce, celle d’un parent ou des deux, à 6, 7 ans, lors d’un accident. C’est une épreuve terrible dans la vie d’une personne. Personne ne peut prédire ce qu’en seront les effets sur l’enfant.

Pour un enfant qui grandit dans un foyer très dysfonctionnel, avec de la violence, de l’alcoolisme, de la drogue, la possibilité pour lui de devenir un adulte très conscient, à travers le chaos, l’adversité, est relativement limitée, d’autant plus si l’enfant ne reçoit aucun soutien. Et tout ce qui arrive est une perpétuation du dysfonctionnement. L’enfant peut avoir une relation et reproduire le même environnement. Après plusieurs générations de famille dysfonctionnelle, il se peut qu’une personne brise le cercle vicieux, en sorte soudainement et s’éveille spirituellement pour devenir un bien énorme et puissant pour ce monde. Et cette personne est parfois issue de générations de souffrance et de dysfonctionnement.

Il y a des enfants qui endurent précocement une perte dans leur vie, la perte d’un parent, et certains d’entre eux deviennent matures prématurément. Cela arrive aussi. Je l’ai vu quelques fois. Ces enfants qui endurent cela, une grande perte, ont rapidement accès à la sagesse, déjà à l’âge de onze ou douze ans. Ils s’expriment avec sagesse. Il y a donc les deux possibilités.

Traduction Robert Geoffroy

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